Des pays d’états et en particulier du Languedoc

25 avril 2009

- Par Alexis de Tocqueville (1856)

Portrait d'Alexis de Tocqueville

Mon intention n’est point de rechercher ici avec détail comment les choses se passaient dans chacun des pays d’états qui existaient encore à l’époque de la Révolution.

Je veux seulement en indiquer le nombre, faire connaître ceux dans lesquels la vie locale était encore active, montrer dans quels rapports ils vivaient avec l’administration royale, de quel côté ils sortaient des règles communes que j’ai précédemment exposées, par où ils y rentraient, et enfin faire voir, par l’exemple de l’un d’entre eux, ce qu’ils auraient pu aisément devenir tous.

Il avait existé des états dans la plupart des provinces de France, c’est-à-dire que chacune d’elles avait été administrée sous le gouvernement du roi par les gens des trois états, comme on le disait alors; ce qui doit s’entendre d’une assemblée composée de représentants du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie. Cette constitution provinciale, comme les autres institutions politiques du moyen âge, se retrouvait avec les mêmes traits dans presque toutes les parties civilisées de l’Europe, dans toutes celles du moins où les mœurs et les idées germaniques avaient pénétré. Il y a beaucoup de provinces d’Allemagne où les états ont subsisté jusqu’à la Révolution française; là où ils étaient détruits, ils n’avaient disparu que dans le cours des XVII ième et XVIII ième siècles. Partout, depuis deux siècles, les princes leur avaient fait une guerre tantôt sourde, tantôt ouverte, mais non interrompue. Nulle part ils n’avaient cherché à améliorer l’institution suivant les progrès du temps, mais seulement à la détruire ou à la déformer quand l’occasion s’en était offerte et qu’ils n’avaient pu faire pis.

En France, en 1789, il ne se rencontrait plus d’états que dans cinq provinces d’une certain étendue et dans quelques petits districts insignifiants. La liberté provinciale n’existait plus à vrai dire que dans deux, la Bretagne et le Languedoc; partout ailleurs l’institution avait entièrement perdu sa virilité et n’était qu’une vaine apparence.

Je mettrai à part le Languedoc et j’en ferai ici l’objet d’un examen particulier.

Le Languedoc était le plus vaste et le plus peuplé de tous les pays d’états; il contenait plus de deux mille communes, ou, comme on disait alors, de communauté, et comptait près de deux millions d’habitants. Il était, de plus, le mieux ordonné et le plus prospère de tous ces pays, comme le plus grand. Le Languedoc est donc bien choisi pour faire voir ce que pouvait être la liberté provinciale sous l’ancien régime, et à quel point, dans les contrées mêmes où elle paraissait la plus forte, on l’avait subordonnée au pouvoir royal.

En Languedoc, les états ne pouvaient s’assembler que sur un ordre exprès du roi et après une lettre de convocation adressé par lui individuellement chaque année à tous les membres qui devaient les composer; ce qui fit dire à un frondeur du temps : « Des trois corps qui composent nos états, l’un, le clergé, est à la nomination du roi, puisque celui-ci nomme aux évêchés et aux bénéfices, et les deux autres sont censés y être, puisqu’un ordre de la cour peut empêcher tel membre qu’il lui plaît d’y assister sans que pour cela on ait besoin de l’exiler ou de lui faire son procès. Il suffit de ne point le convoquer. »

Les états devaient non seulement se réunir, mais se séparer à certains jours indiqués par le roi. La durée ordinaire de leur session avait été fixée à quarante jours par un arrêt du conseil. Le roi était représenté dans l’assemblée par des commissaires qui y avaient toujours entrée quand ils le demandaient, et qui étaient chargés d’y exposer les volontés du gouvernement. Ils étaient, de plus, étroitement tenus en tutelle. Ils ne pouvaient prendre de résolution de quelque importance, arrêter une mesure financière quelconque, sans que leur délibération ne fût approuvée par un arrêt du conseil; pour un impôt, un emprunt, un procès, ils avaient besoin de la permission expresse du roi. Tous leurs règlements généraux, jusqu’à celui qui concernait la tenue de leurs séances, devaient être autorisés avant d’être mis en vigueur. L’ensemble de leurs recettes et de leurs dépenses, leur budget, comme on l’appellerait aujourd’hui, était soumis chaque année au même contrôle.

Le pouvoir central exerçait d’ailleurs dans le Languedoc les mêmes droits politiques qui lui étaient reconnus partout ailleurs; les lois qu’il lui convenait de promulguer, les règlements généraux qu’il faisait sans cesse, les mesures générales qu’il prenait, étaient applicables là comme dans les pays d’élection. Il y exerçait de même toutes les fonctions naturelles du gouvernement; il y créait de temps en temps, comme partout, une multitude de nouveaux fonctionnaires dont la province avait été obligée de racheter chèrement les offices.

Le Languedoc était gouverné, comme les autres provinces, par un intendant. Cet intendant y avait dans chaque district des subdélégués qui correspondaient avec les chefs des communautés et les dirigeaient. L’intendant y exerçait la tutelle administrative, absolument comme dans les pays d’élection. Le moindre village perdu dans les gorges des Cévennes ne pouvait faire la plus petite dépense sans y avoir été autorisé de Paris par un arrêt du conseil du roi. Cette partie de la justice qu’on nomme aujourd’hui le contentieux administratif n’y était pas moins étendue que dans le reste de la France, elle l’y était même plus. L’intendant décidait en premier ressort toutes les questions de voirie, il jugeait tous les procès en matière de chemins, et, en général, il prononçait sur toutes les affaires dans lesquelles le gouvernement était ou se croyait intéressé. Celui-ci n’y couvrait pas moins qu’ailleurs tous ses agents contre les poursuites indiscrètes des citoyens vexés par eux.

Qu’avait donc le Languedoc de particulier qui le distinguât des autres provinces, et qui en fit pour celles-ci un sujet d’envie ? Trois choses qui suffisaient pour le rendre entièrement différent du reste de la France :

1- Une assemblée composée d’hommes considérables, accréditée dans la population, respectée par le pouvoir royal, dont aucun fonctionnaire du gouvernement central, ou, suivant la langue d’alors, aucun officier du roi ne pouvait faire partie, et où l’on discutait chaque année librement et sérieusement les intérêts particuliers de la province. Il suffisait que l’administration royale se trouvât placée à côté de ce foyer de lumières pour qu’elle exerçât ses privilèges tout autrement, et qu’avec les mêmes agents et les mêmes instincts elle ne ressemblât point à ce qu’elle était partout ailleurs.

2- Il y avait dans le Languedoc beaucoup de travaux publics qui étaient exécutés aux dépens du roi et par ses agents; il y en avait d’autres où le gouvernement central fournissait une portion des fonds et dont il dirigeait en grande partie l’exécution; mais le plus grand nombre étaient exécutés aux seul frais de la province. Une fois que le roi avait approuvé le dessein et autorisé la dépenses de ceux-là, ils étaient exécutés par des fonctionnaires que les états avaient choisi et sous l’inspection de commissaires pris dans leur sein.

3- Enfin la province avait le droit de lever elle-même, et suivant la méthode qu’elle préférerait, une partie des impôts royaux et tous ceux qu’on leur permettait d’établir pour subvenir à ses propres besoins.

Nous allons voir le parti que le Languedoc a su tirer de ces privilèges. Cela mérite la peine d’être regardé de près.

Ce qui frappe le plus dans les pays d’élection, c’est l’absence presque absolue de charges locales; les impôts généraux sont souvent oppressifs, mais la province ne dépense presque rien pour elle-même. Dans le Languedoc, au contraire, la somme que coûtent annuellement à la province les travaux publics est énorme : en 1780, elle dépassait 2 000 000 de livres chaque année.

Le gouvernement central s’émeut parfois à la vue d’une si grande dépense; il craint que la province, épuisée par un tel effort, ne puisse acquitter la part d’impôts qui lui revenait à lui-même; il reproche aux états de ne point se modérer. J’ai lu un mémoire dans lequel l’assemblé répondait à ces critiques. Ce que je vais en extraire textuellement peindra mieux que tout ce que je pourrais dire l’esprit dont ce petit gouvernement était animé.

On reconnaît dans ce mémoire qu’en effet la province a entrepris et continue d’immenses travaux; mais, loin de s’en excuser, on annonce que, si le roi ne s’y oppose pas, elle entrera de plus en plus dans cette voie. Elle a déjà amélioré ou redressé le cours des principales rivières qui traversent sont territoire, et s’occupe d’ajouter au canal de Languedoc, creusé sous Louis XIV et qui est insuffisant, des prolongements qui, à travers le bas Languedoc, doivent conduire, par Cette et Agde, jusqu’au Rhône. Elle a rendu praticable au commerce le port de Cette et l’entretient à grands frais. Toutes ces dépenses, fait-on remarquer, ont un caractère plus national que provincial; néanmoins, la province, qui en profite plus qu’aucune autre, s’en est chargée. Elle est également en train de dessécher et de rendre à l’agriculture les marais d’Aigues-Mortes. Mais c’est surtout des chemins qu’elle a voulu s’occuper : elle a ouvert ou mis en bon état tous ceux qui la traversent pour conduire dans le reste du royaume; ceux mêmes qui ne font communiquer entre elles que les villes et les bourgs de Languedoc ont été réparés. Tous ces différents chemins sont excellents, même en hiver, et font un parfait contraste, avec les chemins durs, raboteux et mal entretenus, qu’on trouve dans la plupart des provinces voisines, le Dauphiné, le Quercy, la généralité de Bordeaux (pays d’élection, est-il remarqué). Elle s’en rapporte sur ce point à l’opinion du commerce et des voyageurs; et elle n’a pas tort, car Arthur Young, parcourant les pays dix ans après, met sur ses notes : « Languedoc, pays d’états; bonnes routes, faites sans corvées. »

Si le roi veut bien le permettre, continue le mémoire, les états n’en resteront pas là; ils entreprendront d’améliorer les chemins des communautés (chemins vicinaux), qui ne sont pas moins intéressant que les autres. « Car si les denrées, remarque-t-on, ne peuvent sortir des greniers du propriétaire pour aller au marché, qu’importe qu’elles puissent être transportées au loin ? » – « La doctrine des états en matière de travaux publics a toujours été, ajoute-t-on encore, que ce n’est pas à la grandeur des travaux, mais à leur utilité qu’on doit regarder. » Des rivières, des canaux, des chemins qui donnent à tous les produits du sol et de l’industrie de la valeur, en permettant de les transporter, en tous temps et à peu de frais, partout il en est besoin, et au moyen desquels le commerce peut percer toutes les parties de la province, enrichissent le pays quoi qu’ils lui coûtent. De plus, de pareils travaux entrepris à la fois avec mesure dans différentes parties du territoire, d’une façon à peu près égale, soutiennent partout le prix des salaires et viennent au secours des pauvres. « Le roi n’a pas besoin d’établir à ses frais dans le Languedoc des ateliers de charité, comme il l’a fait dans le reste de la France, dit en terminant la province avec quelque orgueil. Nous ne réclamons point cette faveur; les travaux d’utilité que nous entreprenons nous-mêmes chaque année en tiennent lieu, et donnent à tout le monde un travail productif. »

Plus j’étudie les règlements généraux établis avec la permission du roi, mais d’ordinaire sans son initiative, pas les états de Languedoc, dans cette portion de l’administration publique qu’on leur laissait, plus j’admire la sagesse, l’équité et la douceur qui s’y montrent; plus les procédés du gouvernement local me semblent supérieurs à tout ce que je viens de vois dans les pays que le roi administrait seul.

La province est divisée en communautés (ville ou village), en districts administratifs qui se nomment diocèse : enfin, en trois grands départements qui s’appellent sénéchaussées . Chacune de ces parties a une représentation distincte et un petit gouvernement à part, qui se meut sous la direction, soit des états, soit du roi. S’agit-il de travaux publics qui aient pour objet l’intérêt d’un de ces petits corps politiques : ce n’est que sur la demande de celui-ci qu’ils sont entrepris. Si le travail d’une communauté peut avoir de l’utilité pour le diocèse, celui-ci doit concourir dans une certaine mesure à la dépense. Si la sénéchaussée est intéressée, elle doit à son tour fournir un secours. Le diocèse, la sénéchaussée, la province doivent enfin venir en aide à la communauté, quand même il ne s’agit que de l’intérêt particulier de celle-ci, pourvu que le travail lui soit nécessaire et excède ses forces; car, disent sans cesse les états : « Le principe fondamental de notre constitution, c’est que toutes les parties du Languedoc sont entièrement solidaires les unes aux autres et doivent toutes successivement s’entraider. »

Les travaux qu’exécute la province doivent être préparés de longue main et soumis d’abord à l’examen de tous les corps secondaires qui doivent y concourir; ils ne peuvent être exécutés qu’à prix d’argent : la corvée est inconnue. J’ai dit que dans les pays d’élection, les terrains pris aux propriétaires pour services publics étaient toujours mal ou tardivement payés, et que souvent ils ne l’étaient point. C’est une des grandes plaintes qu’élevèrent les assemblées provinciales lorsqu’on les réunit en 1787. J’en ai vu qyu faisaient remarquer qu’on leur avait même ôté la faculté d’acquitter les dettes contractées de cette manière, parce qu’on avait détruit ou dénaturé l’objet à acquérir avant qu’on l’estimât. En Languedoc, chaque parcelle de terrain prise au propriétaire doit être soigneusement évaluée avant le commencement des travaux et payée dans la première année de l’exécution.

Le règlement des états relatifs aux différents travaux publics, dont j’extrais ces détails, parut su bien fait au gouvernement central que, sans l’imiter, il l’admira. Le conseil du roi, après avoir autorisé sa mise en vigueur. Le fit reproduire à l’Imprimerie royale, et ordonna qu’on le transmît comme pièce à consulter à tous les intendants.

Ce que j’ai dit des travaux publics est à plus forte raison applicable à cette autre portion, non moins importante, de l’administration provinciale qui se rapportait à la levée des taxes. C’est surtout qu’après avoir passé du royaume à la province on a peine à croire qu’on soit encore dans le même empire.

J’ai eu occasion de dire ailleurs comment les procédés qu’on suivait en Languedoc, pour asseoir et percevoir les tailles, étaient en partie ceux que nous suivons nous-mêmes aujourd’hui pour la levée des impôts. Je n’y reviendrai pas ici; j’ajouterai seulement que la province goûtait si bien en cette matière la supériorité de ses méthodes que, toutes les fois que le roi créa de nouvelles taxes, les états n’hésitèrent jamais à acheter très cher le droit de les lever à leur manière et par leurs seuls agents.

Malgré toutes les dépenses que j’ai successivement énumérées, les affaires du Languedoc étaient néanmoins en si bon ordre, et son crédit si bien établi que le gouvernement central y avait souvent recours et empruntait au nom de la province un argent qu’on ne lui aurait pas prêté à de si bonnes conditions à lui-même. Je trouve que le Languedoc a emprunté, sous sa propre garantie, mais pour le compte du roi, dans les derniers temps, 73 200 000 livres.

Le gouvernement et ses ministres voyaient cependant d’un fort mauvais œil ces libertés particulières. Richelieu les mutila d’abord, puis les abolit. Le mou et fainéant Louis XIII, qui n’aimait rien, les détestait; il avait dans une telle horreur tous les privilèges de provinces, dit Boulainvilliers, que sa colère s’allumait rien que d’en entendre prononcer le nom. On ne sait jamais toute l’énergie qu’ont les âmes faibles pour haïr ce qui les oblige à faire un effort. Tout ce qui leur reste de virilité est employé là, et elles se montrent presque toujours fortes en cet endroit, fussent-elles débiles dans tous les autres. Le bonheur voulut que l’ancienne constitution du Languedoc fût rétablie durant l’enfance de Louis XIV. Celui-là, la regardant comme son ouvrage, la respecta. Louis XV en suspendit l’application pendant deux ans, mais ensuite il la laissa renaître.

La création des offices municipaux lui fit courir des périls moins directs, mais non moins grands; cette détestable institution n’avait pas seulement pour effet de détruire la constitution des villes, elle tendait encore à dénaturer celle des provinces. Je ne sais si les députés du tiers état dans les assemblées provinciales avaient jamais été élus pour l’occasion, mais depuis longtemps ils ne l’étaient plus; les officiers municipaux des villes y étaient de droit les seuls représentants de la bourgeoisie et du peuple.

Cette absence d’un mandat spécial et donné en vue des intérêts du moment se fit peu remarquer tant que les villes élurent elles-mêmes librement, par vote universel et le plus souvent pour un temps très court, leurs magistrats. Le maire, le consul ou le syndic représentait aussi fidèlement alors dans le sein des états les volontés de la population au nom de laquelle il parlait que s’il avait été choisi tout exprès par elle. On comprend qu’il n’en était pas de même de celui qui avait acquis par son argent le droit d’administrer ses concitoyens. Celui-ci ne représentait rien que lui-même, ou tout au plus les petits intérêts ou les petites passions de sa coterie. Cependant on maintint à ce magistrat adjudicataire de ses pouvoirs le droit qu’avaient possédé les magistrats élus. Cela changea sur-le-champ tout le caractère de l’institution. La noblesse et le clergé, au lieu d’avoir à côté d’eux et en face d’eux dans l’assemblée provinciale les représentants du peuple, n’y trouvèrent que quelques bourgeois isolés, timides et impuissants, et le tiers état devint de plus en plus subordonné dans le gouvernement au moment même où il devenait chaque jour plus riche et plus fort dans la société. Il n’en fut pas ainsi pour le Languedoc, la province ayant toujours pris soin de racheter au roi les offices à mesure que celui-ci les établissait. L’emprunt contracté par elle pour cet objet dans la seule année de 1773 s’éleva à plus de 4 millions de livres.

D’autres causes plus puissantes avaient contribué à faire pénétrer l’esprit nouveau dans ces vieilles institutions et donnaient aux états du Languedoc une supériorité incontestée sur tous les autres.

Dans cette province, comme dans une grande partie du Midi, la taille était réelle et non personnelle, c’est-à-dire qu’elle se réglait sur la valeur de la propriété et non sur la condition du propriétaire. Il y avait, il est vrai, certaines terres qui jouissaient du privilège de ne point la payer. Ces terres avaient été autrefois celles de la noblesse; mais, par le progrès du temps et de l’industrie, il était arrivé qu’une partie de ces biens était tomber dans les mains des roturiers; d’une autre part, les nobles étaient devenus propriétaires de beaucoup de biens sujets à la taille. Le privilège transporté ainsi des personnes aux choses était plus absurde sans doute, mais il était bien moins senti, parce que, gênant encore, il n’humiliait plus. N’étant plus lié d’une manière indissoluble à l’idée de classe, ne créant pour aucune d’elles d’intérêts absolument étrangers ou contraires à ceux des autres, il ne s’opposait plus à ce que toutes s’occupassent ensemble du gouvernement. Plus que partout ailleurs, en Languedoc, elles s’y mêlaient en effet et s’y trouvait sur le pied de la plus parfaite égalité.

En Bretagne, les gentilshommes avaient le droit de paraître tous, individuellement, aux états, ce qui souvent fit de ces derniers des espèces de diètes polonaises. En Languedoc, les nobles ne figuraient aux états que par représentants; vingt-trois d’entre eux y tenaient la place de tous les autres. Le clergé y paraissait dans la personne de vingt-trois évêques de la province, et, ce qu’on doit surtout remarquer. Les villes y avaient autant de voix que les deux premiers ordres.

Comme l’assemblé était unique et qu’on n’y délibérait pas par ordre, mais par tête, le tiers état y acquit naturellement une grande importance; peu à peu il fit pénétrer son esprit particulier dans tout le corps. Bien plus, les trois magistrats qui, sous le nom de syndics généraux, étaient chargés, au nom des états, de la conduire ordinaire des affaires, étaient toujours des hommes de loi, c’est-à-dire des roturiers. La noblesse, assez forte pour maintenir son rang, ne l’était plus assez pour régner seule. De son côté, le clergé, quoique composé en grande partie de gentilshommes, y vécut en parfaite intelligence avec le tiers; il s’associa avec ardeur à la plupart de ses projets, travailla de concert avec lui à accroître la prospérité matérielle de tous les citoyens et à favoriser leur commerce et leur industrie, mettant ainsi souvent à son service sa grande connaissance des hommes et sa rare dextérité dans le maniement des affaires. C’était presque toujours un ecclésiastique qu’on choisissait pour aller débattre à Versailles, avec les ministres les questions litigieuses qui mettaient en conflit l’autorité royale et les états. On peut dire que, pendant tout le dernier siècle, le Languedoc a été administré par des bourgeois, que contrôlaient des nobles et qu’aidaient des évêques.

Grâce à cette constitution particulière du Languedoc, l’esprit des temps nouveaux put pénétrer paisiblement dans cette vieille institution et y tout modifier sans y rien détruire.

Il eût pu en être ainsi partout ailleurs. Une partie de la persévérance et de l’effort que les princes mis à abolir ou à déformer les états provinciaux aurait suffi pour les perfectionner de cette façon et pour les adapter tous aux nécessités de la civilisation moderne, si ces princes avaient jamais voulu autre chose que devenir et rester les maîtres.

Ce texte provient du livre : “L’Ancien Régime et la Révolution” aux éditions Flammarion

tocqueville ancien régime


Rapport sur les choses de la France

21 mars 2009

- Par Nicolas Machiavel (1510)

machiavelli

I

Couronne et rois de France sont aujourd’hui plus gaillards, plus riche et plus puissant qu’ils ne le furent jamais pour les raisons ci-dessous.

D’abord, la couronne  étant héréditaire par droit du sang, s’est enrichie, car chaque fois qu’un roi meurt sans enfant mâle ou sans aucun parent qui puisse lui succéder dans son patrimoine, ses biens et propriétés sont réunis à la couronne. Bien des rois s’étant trouvés dans ce cas, la couronne s’est ainsi enrichie d’un grand nombre de domaines, tels que le duché d’Anjou ; c’est même ce qui va arriver sous le roi actuel, qui faute d’enfant mâle, va laisser à la couronne les duchés d’Orléans et de Milan : de la sorte les meilleures terres de France n’appartiennent plus en particulier à des barons, mais au domaine royal.

Il y a autre raison, très forte, de la grandeur du Roi : le Royaume se trouvait autrefois partagé entre de puissants barons qui n’hésitaient pas à s’engager dans des guerres contre leur suzerain, comme firent les ducs de Guyenne et de Bourbon ; ils sont tous aujourd’hui parfaitement soumis à son autorité qui s’en est trouvée renforcée.

Il y a une autre raison : aucun des voisins de la France n’hésitait auparavant à attaquer le Royaume. Et ceci parce qu’ils trouvaient toujours un duc de Bretagne, un duc de Guyenne ou bien de Bourgogne ou bien de Flandre pour lui faire la courte échelle, lui en ouvrir la porte ou lui offrir asile ; c’est ainsi que cela se passait lorsque les Anglais guerroyaient avec la France et lui donnaient grand mal grâce à l’entremise du duc de Bretagne ; et de même, le duc de Bourgogne par l’entremise d’un duc de Bourbon. A cette heure, la Bretagne, la Guyenne, le Bourbonnais et la plus grande partie de la Bourgogne étant parfaitement soumis à la France, non seulement les souverains ennemis sont privés de ce moyen de troubler le Royaume, mais ils trouvent devant eux ces barons pour ennemis ; et le Roi de son côté, grâce à leurs provinces, se trouve plus puissant et ses ennemis plus faibles.

Il y a encore une autre raison : les barons les plus riches et les plus puissants sont de sang royal et de même lignée, en sorte que les héritiers les plus proches venant à manquer, la couronne peut leur échoir. Dès lors chacun d’eux soutient le trône, dans l’espoir que lui-même ou l’un de ses enfants pourra y monter un jour, et dans la crainte qu’en geste de rébellion ou d’inimitié ne leur fasse du tort. Le Roi régnant a failli en faire l’épreuve quand il fut fait prisonnier au cours de la guerre de Bretagne où il avait pris parti pour le duc contre les Français : à la mort de Charles, on disputa fort si sa rebellion et défection à la couronne ne lui avaient pas fait perdre ses droits. Mais les richesses qu’il avait accumulées lui permirent de faire largesse ; en outre, il se trouva que, à défaut de lui, le successeur le plus proche, le duc d’Angoulême, n’était qu’un enfant encore : c’est à ces raisons, et aussi à la faveur dont il jouissait, qu’il dut d’être tout de même roi.

La dernière raison est celle-ci : les fiefs des grands barons de France ne se partagent pas entre leurs héritiers, ainsi qu’en Allemagne et en plusieurs parties de l’Italie, mais ils échoient toujours aux aînés qui sont les seuls héritiers ; les autres frères prennent patience, et secondés par leur aîné se consacrent entièrement aux armes, et s’évertuent par ce métier à se mettre en mesure de se tailler eux-mêmes un État et ils vivent dans cette espérance. Il s’ensuit de là que les hommes d’armes français sont aujourd’hui les meilleurs qui soient, car ils sont tous nobles et fils de grands seigneurs, en mesure de parvenir à la même grandeur.

L’infanterie qu’on lève en France ne peut être excellente, car il y a longtemps qu’elle n’a pas fait la guerre : elle n’en a donc aucune expérience. De plus, le reste de la population, roture et gens de métier, est tellement asservie à la noblesse et bridée en toute chose qu’elle en est avilie. Aussi le Roi ne se sert-il pas de ces fantassins en temps de guerre, à part les Gascons, qui sont un peu meilleur que les autres : ceci vient de ce qu’ils sont proches des Espagnols et tiennent un peu d’eux. Ils se sont pourtant montrés, à ce qu’on a constaté depuis quelques années, meilleurs maîtres larrons que maîtres guerriers. Forts bon soldats pour défendre ou assaillir les places, ils sont moins bons en bataille rangée, à l’opposé des Allemands et des Suisses, qui sont sans pareils sur les champ de bataille, mais de peu de valeur dans la défense ou l’attaque de villes fortes : je crois que cela vient de ce qu’ils ne peuvent pas y garder les formations auxquelles ils sont habitués sur le champ de manœuvre. Aussi le Roi se sert-il toujours de Suisses ou de lansquenets, ses chevaliers se méfiant des Gascons pour aborder l’ennemi. Si son infanterie avait la même valeur que sa cavalerie, le Roi pourrait tenir tête à n’importe lequel des autres souverains.

II

Les Français sont par nature plus impétueux au combat que résistants ou manœuvriers, et s’ils rencontrent un adversaire qui puisse supporter la furie de leur premier choc, ils perdent leur mordant et se découragent si bien qu’ils sont alors aussi lâches que femmes. Ils endurent aussi fort mal les fatigues et le manque de confort, et à la longue ils se relâchent de la discipline, de sorte qu’il est aisé, si on les surprend dans ce désordre, de triompher d’eux. On en a vu maints exemples durant la guerre dans le royaume de Naples, et récemment sur le Garigliano, où ils étaient pourtant deux fois plus nombreux que les Espagnols et où l’on pensait qu’ils les avaleraient d’une bouchée ; mais l’hiver survenant et les pluies faisant rage, ils se débandèrent peu à peu et, l’un après l’autre, s’en furent chercher dans les bourgades avoisinantes un logis plus confortable, laissant leur camp dégarni et désorganisé, si bien que contre toute attente les Espagnols furent vainqueurs. Il en eût été de même pour les Vénitiens, qui n’auraient pas perdu la bataille d’Agnadel s’ils s’étaient contentés de harceler les Français durant dix jours ; mais l’emportement de Bartolomeo d’Alviano rencontra un emportement plus grand encore. De même à Ravenne, où les Espagnols, s’ils n’avaient pas offert le combat aux Français, les auraient désorganisés par suite de la fâcheuse distribution du ravitaillement ou même de son manque total, Venise pouvant les couper de Ferrare et les Espagnols du côté de Bologne. Mais l’étourderie du premier, l’imprudence des autres, valurent aux Français la victoire, chèrement payée il est vrai. Et le carnage eût été encore plus grand, si les forces principales des deux adversaires avaient été de la même espèce. Mais l’armée française était forte de sa cavalerie, et l’espagnole de son infanterie. Bref, que celui qui voudra triompher des Français se garde de leur premier choc : s’il sait les amuser, pour les raisons que j’ai dites, il en triomphera. C’est pourquoi Jules César a dit que les Français, au prime abord, étaient plus que des hommes, mais pour finir, moins que des femmes.

III

La France, grâce à son étendu et à l’avantage de ses grandes rivières, est grasse et opulente, les denrées et la main-d’œuvre y sont bon marché, sinon pour rien, à cause du peu d’argent qui circule parmi le peuple : c’est à peine si les sujets peuvent amasser de quoi payer leurs redevances à leur seigneur, si minces qu’elles soient.

Cela provient de ce qu’ils ne savent pas où écouler leurs produits, tout le monde en ayant à revendre : on ne trouverait pas un coin où quelqu’un pût vendre un seul muid de blé, chacun en ayant lui-même à vendre. Et les gentilshommes eux-mêmes, en dehors de ce qu’ils déboursent pour se vêtir, ne dépensent rien, ayant à leur gré chez eux, bétail en quantité, volaille à foison, lacs et autres lieux regorgeant de gibier de toute sorte, et il en est ainsi pour tous et partout. De sorte que l’argent afflue tout entier chez les seigneurs qui sont richissimes, tandis que les gens du peuple croient l’être quand ils ont un florin.

Les prélats de France perçoivent deux cinquièmes des rentes et revenus de ce Royaume qui contient force évêchés à la fois temporels et spirituel ; comme il sont largement fournis de nourriture, tout ce qui parvient entre leurs mains de dîmes en autre argent n’en ressort jamais, conformément à l’avarice connue des religieux ; tout ce qui en parvient dans les chapitres et autres collèges ecclésiastique est dépensé en objets d’argent, joyaux et autres richesses pour l’ornement des églises ; de sorte qu’entre les richesses propres des églises et les richesses particulières des prélats en monnaies et métaux précieux, le tout forme un trésor incalculable.

Dans les conseils et délibérations de la couronne et du Royaume, ce sont toujours les prélats qui interviennent en plus grand nombre : les autres seigneurs s’en désintéressent car ils savent que c’est eux qui exécuteront les décisions. De la sorte, tout le monde est content, les uns d’ordonner, les autres d’exécuter ; à ces débats cependant interviennent quelques hommes de guerre âgés, car quand il s’agit de débattre des questions de guerre, ils peuvent ainsi informer les prélats qui n’en ont pas l’expérience.

En France, en vertu d’une certaine pragmatique obtenue il y a longtemps de la papauté, les bénéfices sont conférés par les collèges français ; les chanoines, à la mort de leur archevêque ou de leur évêque, se réunissent pour attribuer le bénéfice vacant à celui d’entre eux qu’ils croient le mériter. Ceci engendre de fréquentes dissensions, car il y a toujours des candidats qui briguent à force d’argent, et d’autres par leurs vertus et leurs bonnes œuvres. Les moines élisent pareillement leurs abbés. Les autres petits bénéfices sont conférés par les évêques dans leur juridiction. Chaque fois que le Roi veut déroger à cette pragmatique pour mettre une de ses créatures dans un évêché, il faut qu’il emploie la manière forte pour triompher de la résistance ; mais les ecclésiastiques ainsi forcés ont coutume, dès que le roi est mort, de déposséder le prélat de sa charge pour la restituer à leur élu.

IV

Les Français sont par nature friands du bien d’autrui, et à la fois fort prodigues tant du leur que de celui des autres. Un Français serait capable de voler avec le nez, pour se régaler d’un objet volé, ou de le gâcher, ou d’en régaler celui à qui il l’a volé. A l’opposé des Espagnols : vous ne verrez jamais rien de ce que ces gens-là vous ont volé.

La France craint fort les Anglais à cause des grandes incursions et ravages qu’ils ont faits jadis dans le Royaume ; le seul nom d’Anglais est un objet de terreur pour la population, que ne se rend pas compte que la France d’aujourd’hui est dans une tout autre condition que celle d’autrefois, parce qu’elle est armée, expérimentée et unie, et qu’elle possède les provinces dont les Anglais faisaient leur tremplin, comme le duché de Bretagne et celui de Bourgogne, alors que les Anglais tout à l’encontre n’ont plus de discipline, car il y a si longtemps qu’ils n’ont pas fait la guerre que nul d’entre eux aujourd’hui n’a jamais vu un ennemi en face ; en outre, à l’exception de l’archiduc, nul étranger n’a jamais abordés leurs rivages. Elle aurait fort à craindre des Espagnols, sagaces et vigilants comme ils le sont. Mais au cas où leur roi voudrait attaquer la France, la chose lui serait très malaisée : de son point de départ jusqu’aux débouchés des Pyrénées sur le Royaume, la route est si longue et si stérile que ses troupes y parviendraient en piètre condition, entre autres raisons à cause de son ravitaillement, la région qu’il laisserait derrière lui est presque inhabitée tant elle est stérile, et les rares habitants qu’elle a ont à peine de quoi vivre eux-mêmes. Voilà pourquoi les Français ont peu de chose à craindre des Espagnols du côté des Pyrénées.

Ils ne craignent pas non plus les flamands ; cela vient de ce que les Flamands, habitant un pays trop froid, n’y récolte pas de quoi vivre, surtout en blé et en vin, denrées qu’il leur faut tirer de la Bourgogne, de la Picardie et d’autres provinces de France. De plus, les populations flamandes vivent de manufactures, et ce sont les grandes foire de France, Lyon et Paris, qui sont leur débouchés ; ils ne peuvent en envisager ni du côté de la mer ni moins encore du côté de l’Allemagne que en a et fabrique de la marchandise plus qu’eux. Aussi, faute de débouchés commerciaux de la France, non seulement ils seraient privés de leur ravitaillement alimentaire, mais ils perdraient encore les marchés de leur travail. C’est pourquoi les Flamands, à moins qu’on ne les force, ne feront jamais la guerre aux Français.

La France a fort à craindre des Suisses, à cause de leur proximité. Et de la soudaineté de leurs attaques, auxquelles leur rapidité de mouvements ne permet pas de parer. Ces attaques sont plutôt des incursions et des razzias que des invasions, car faute d’artillerie et de cavalerie, et paralysés par les forteresses françaises bien garnies de la frontière, ils ne peuvent s’avancer profondément. En outre, les troupes suisses sont plus propres à la bataille rangée qu’au siège ou à la défense des villes ; de leur côté, les Français n’aiment guère se mesurer avec eux : ils n’ont pas d’infanterie qui puisse leur tenir tête, et leur cavalerie ne peut guère l’emporter sans l’infanterie. La région elle-même est de telle nature que les lances et les gens à cheval y manoeuvrent malaisément; les Suisses aussi s’éloignent peu volontiers de leurs montagnes pour descendre dans la plaine étrangère, en laissant derrière eux comme je l’ai dit des places fortes bien défendues : ils redoutent avec raison qu’en cas d’échec ils ne se voient coupés et de leur ravitaillement et de leur retraite.

Les Français n’ont pas à craindre du côté qui regarde l’Italie, grâce aux monts Apennins et aux puissantes forteresses qui sont au pied de ces montagnes et qui arrêteraient un temps quiconque voudrait attaquer le Royaume : l’agresseur ayant derrière lui une région tellement stérile, il lui faudrait soit commettre la folie de laisser derrière lui ces forteresses, soit les prendre par la famine ou par l’assaut. Enfin il n’existe pas en Italie de prince assez puissant pour les attaquer, l’Italie n’ayant pas l’unité qu’elle avait du temps des Romains. Telles sont les raisons pour lesquelles ils ne craignent rien de ce côté-là.

Le Royaume de France ne craint rien non plus du côté du midi qui est tout en côtés, avec des ports toujours pleins de nombreux bateaux appartenant au Roi ou à des particuliers, qui protègent toute cette région contre une offensive inopinée ; quant à une offensive préméditée, on a le temps d’y porter remède pour la raison qu’il faut du temps aussi à celui qui entend la préparer, la mettre bien a point, et c’est alors le secret de tout le monde. Les Roi entretient d’ailleurs sur ces côtes de bonnes garnisons pour ne pas être pris au dépourvu.

La parfaite soumission de son peuple permet au Roi de dépenser fort peu pour ses forteresses : il n’a pas à se garder de ses sujets ; quant à celles de ses frontières qui exigeraient une forte dépense, il s’en trouve dispensé parce qu’il y fait stationner ses gens d’armes ; quant à une attaque de grande envergure, il a le temps d’y remédier pour la bonne raison qu’il faut à l’agresseur le temps de la préparer et de la conduire.

V

Les populations de la France sont humbles et fort soumises, elles tiennent leur Roi en grande vénération. Elles vivent à fort peu de frais, grâce à l’abondance des denrées, et aussi parce que chacun a quelque petite propriété à lui. Elles s’habillent grossièrement, d’étoffes à bon marché, sans faire jamais usage d’aucune espèce de soie, ni les hommes ni les femmes pour ne pas se faire remarquer par les nobles.

Les évêchés du Royaume, d’après le relevé actuel, sont au nombre de cent six y compris dix-huit archevêchés.

Les paroisses sont au nombre de mille sept cents y compris sept cent quarante abbayes, non compté les prieurés.

Je n’ai pu arriver à savoir les revenus ordinaires ni extraordinaires de la couronne. J’ai questionné bien des gens et l’on m’a toujours répondu qu’ils sont ce qu’il plaît au Roi. Certains toutefois m’ont dit qu’une partie de l’ordinaire, à savoir celui qu’on appelle le denier prêté du Roi et qui est le produit de gabelles telles que le pain, le vin, la viande et autres denrées, est de un million sept cent mille écus ; le roi perçoit ses revenus extraordinaires au moyen de tailles comme c’est son bon plaisir, tantôt lourdes, tantôt légères. Si elles ne suffisent pas, il emprunte des écus qui sont rarement rendus, ceux-ci sont requis par lettres royales ainsi conçues : « Le Roi notre seigneur se recommande à vous et comme il a faute d’argent, il vous prie de lui prêter la somme que contient la lettre. » Et la somme est payée entre les mains du receveur de l’endroit, car il en est un dans chacun des bourgs; il perçoit toutes les redevances, tant celles des gabelles que celles des tailles et des emprunts.

Les terres soumises à la couronne n’ont d’autre loi commune que celle que le Roi leur impose ainsi pour faire rentrer l’argent et payer les redevances susdites.

L’autorité des barons sur leurs vassaux est entière. Leur revenu consiste en pain, vin, viande, comme j’ai dit ci-dessus, et à tant par foyer et par an, mais ce tant ne dépasse pas six à huit sous par foyer par trimestres. Ils n’ont pas le droit de lever des tailles ou des emprunts sans le consentement du Roi ; et celui-ci y consent rarement.

La couronne ne perçoit d’eux aucun autre avantage que le revenu du sel ; elle ne leur impose jamais de tailles, si ce n’est dans les nécessités extraordinaires.

En ce qui concerne les dépenses extraordinaires, entre autres la guerre, le Roi procède ainsi : il commande aux trésoriers de payer les soldats, et ceux-ci les font régler par l’intermédiaire de leurs capitaines. Les pensionnés et gentilshommes se font donner par les généraux (du trésor) la décharge, c’est-à-dire la quittance de leur paye, de mois en mois, et, chaque trimestre, ils s’en vont chez le receveur de la province qu’ils habitent, lequel les règle aussitôt.

Les gentilshommes du Roi sont au nombre de deux cents et leur solde est de vingt écus par mois, payables ut supra ; chaque centaine a son chef qui d’ordinaire était Ravel et Vidames (sic).

Le chiffre des pensionnés n’est pas fixé, pas plus que celui de leur pension, qui est petite ou grosse, au bon plaisir du Roi ; ils vivent dans l’espoir de la voir augmentée, mais ceci non plus n’est pas déterminé.

La charge des (fermiers) généraux de France, qui perçoivent tant par feu et par taille avec la permission du Roi, consiste à veiller à ce que les dépenses, tant ordinaires qu’extraordinaires, soient réglées en temps voulu, et au vu des décharges susdites.

Celle des trésoriers est de tenir l’argent en caisse et de régler sur l’ordre et la décharge des généraux.

Celle du Grand Chancelier est un pouvoir absolu : il peut gracier et condamner à son gré, etiam in capitalibus, sine consensu regis. Il peut faire reviser le cas de contumaces ; mais il lui faut l’assentiment du Roi pour attribuer les bénéfices ; c’est le Roi qui fait grâce par lettres royales scellées du grand sceau royal, mais c’est lui qui détient ledit grand sceau. Son traitement est de dix mille francs par an, et en outre deux mille pour tenir table. Tenir table consiste à donner dîner et à souper à tout le train d’avocats et de gentilshommes qui suivent le Grand Chancelier, chaque fois qu’il leur plaît de manger avec lui, ce qui est fort en usage.

La pension que le roi de France payait au roi d’Angleterre était de cinquante mille francs par an, pour acquitter certaines dépenses faites par le père du roi anglais actuel dans le duché de Bretagne ; elle est éteinte et on ne la paye plus.

Il n’y a actuellement en France qu’un seul grand Sénéchal ; quand il y a plusieurs sénéchaux, – je ne parle pas de grands sénéchaux, puisqu’il n’y en a qu’un – leur charge est de surveiller les gens d’armes ordinaires et extraordinaires, qui leur doivent l’obéissance.

Il y a autant de gouverneurs de province qu’il plait au Roi d’en nommer et il les paie comme il lui plaît ; il les nomme pour un an ou à vie, selon son bon plaisir ; les autres gouverneurs, même ceux des plus petites villes, sont aussi nommés par lui. Remarquez que toutes les charges du royaume sont données ou vendues par le Roi, et par nul autre.

On procède ainsi aux états : chaque année, en août, ou en octobre, ou bien en janvier, à la volonté du Roi, les généraux rapportent le montant des rentrées et des sorties d’argent, et l’on détermine les rentrées d’après les sorties ; l’on augmente le chiffre des pensions et des pensionnés, ou on le diminue, comme le Roi le commande.

Il n’y a pas de chiffre déterminé pour l’attribution des titres de noblesse ou des pensions ; la Chambre des Comptes n’a pas à approuver, la volonté du Roi suffit.

Le rôle de la Chambre des Comptes est de revoir les comptes de tous ceux qui administrent l’argent de la couronne, généraux, trésoriers, receveurs.

L’Université de Paris subsiste avec les rentrées des fondations de collèges, mais elle en vit maigrement.

Les Parlements sont au nombre de cinq : Paris, Rouen, Toulouse, Bordeaux et Dauphiné ; on ne peut en appeler d’aucun d’eux.

Les premières Universités sont quatre : Paris, Orléans, Bourges et Poitiers ; ensuite viennent Tours et Angers, mais elles valent peu.

Les garnisons sont stationnées où veut le Roi, et, tant artillerie que soldats, aussi nombreuses qu’il lui plaît. Néanmoins toutes les places ont quelques pièces d’artillerie avec leurs munitions ; et depuis deux ans on en fait un grand nombre en bien des lieux du royaume au frais des villes où on les a faites, en augmentant la taille d’un denier par bête ou par mesure. Ordinairement, lorsque le Roi n’a rien à craindre de personne, il y a quatre garnisons, à savoir en Guyenne, en Picardie, en Bourgogne et en Provence ; on les déplace et on les renforce tantôt ici et tantôt là, selon les méfiances.

J’ai fait diligence pour savoir ce que le Roi peut dépenser par an tant pour sa personne que pour sa maison, et j’ai su qu’il peut dépenser autant qu’il en demande.

Les Archers destinés à la garde du Roi sont au nombre de quatre cents, dont cent Écossais; ils touchent chacun trois cents francs par an et une saie aux couleurs du Roi. Les gardes du corps, ceux qui sont toujours auprès du Roi, sont vingt-quatre, et touchent chacun quatre cents francs par an. Leur capitaine est Monseigneur Dubegni Cursores et le capitaine Gabriello.

La garde à pied est faite d’Allemands; cent d’entre eux touchent douze francs par mois; on en a eu jusqu’à trois cents, qui touchaient chacun dix francs, ainsi que deux uniformes par an, un d’été, l’autre d’hiver, pourpoint et chausses à la livrée du Roi; ceux des cents-gardes avaient pourpoint de soie au temps de Charles.

Fourriers sont gens préposés au logement de la cour; ils sont trente-deux, ont trois cents francs l’an et une saie aux couleurs du Roi. Ils ont quatre Maréchaux, qui touchent chacun six cents francs. Ils se répartissent ainsi le logement : un quart d’entre eux demeure, avec un Maréchal ou, s’il est absent, avec son lieutenant, dans le lieu que vient de quitter la cour, afin de donner leur dû aux logeurs; un quart accompagne la personne du Roi, tandis qu’un autre le devance au lieu où il doit arriver ce jour-là; le dernier quart se rend sur les lieux où on logera le lendemain. Tout cela dans un ordre admirable, et chacun dès l’arrivé trouve son logis, jusqu’aux courtisanes.

Le Prévôt de l’hôtel est un personnage qui suit partout le Roi; sa charge est un vraie puissance : partout où se rend la cour, son tribunal fait loi, et les gens du lieu peuvent porter plainte auprès de lui, comme auprès de son propre lieutenant. Ceux qui sont conduits devant lui pour affaires criminelles ne peuvent en appeler au parlement. Son traitement est généralement de six mille francs. Il a avec lui deux juges pour les affaires civiles, payés six cents francs l’an par le Roi, et un lieutenant criminel à la tête de trente archers payés comme ceux de la garde. Il connaît les affaires civiles aussi bien que les criminelles et une seule confrontation du plaignant avec l’accusé suffit à dépêcher la cause.

Les maîtres d’hôtel du Roi sont au nombre de huit, sans salaire bien déterminé, les uns ayant mille francs, les autres moins, comme il plaît au Roi. Le grand maître qui a succédé à monseigneur de Chaumont est monseigneur de la Palisse, dont le père exerça aussi cette charge : il touche deux mille francs et il a le pas sur les autres maîtres d’hôtel.

Le grand amiral de France commende toute la marine et tous les ports du Royaume. Il peut disposer à son gré des vaisseaux de la flotte. C’est actuellement Prégent (de Bridoux), au traitement de dix mille francs par an.

Le nombre des chevaliers de l’ordre du Roi n’est pas fixe, le Roi en crée autant qu’il veut. A leur réception, ils s’engagent par serment à défendre la couronne, à ne jamais porter les armes contre elle, et ne peuvent de leur vivant être dépossédés de leur titre. Certains ont quatre mille francs de pension, d’autres moins, et cet honneur n’est pas conféré au premier venu.

La charge des Chambellans consiste à faire la conversation avec le Roi, à accéder à sa chambre, et à le conseiller; ils passent pour les premiers personnages du Royaume. Ils ont une pension élevée, six, huit, dix, onze mille francs ou rien du tout parfois, le Roi donnant souvent ce titre à ceux qu’il veut honorer, et même à des étrangers. Mais ils ont le privilège de na pas payer de gabelles, et ils sont nourris à la cour à la table des Chambellans, qui est la première après celle du Roi.

Le grand écuyer ne quitte pas la personne du Roi. Sa charge le met à la tête des douze écuyers royaux, comme le grand sénéchal, le grand maréchal et le grand maître d’hôtel sont à la tête de leurs gens; il s’occupe de chevaux de Sa Majesté, de la mettre en selle, de l’aider à en descendre, il veille à tout le harnois et porte son épée devant lui.

Les membres du Conseil royal ont tous une pension qui va, selon que veut le Roi, de six à huit mille francs; ce sont monseigneur de Paris, monseigneur de Beauvais, le bailli d’Amiens, monseigneur de Bucy et le grand chancelier; en réalité, ce sont Robertet et monseigneur de Paris qui gouvernent tout.

Depuis la mort du cardinal de Rouen, on ne tient plus table ouverte pour personne. Le grand chancelier n’ayant pas été remplacé, c’est (monseigneur de) Paris qui remplit sa charge.

VI

Les droits que le Roi de France allègue sur le duché de Milan remontent à son aïeul, qui épousa une fille du duc (Visconti), qui mourut sans enfants mâles. Le duc Jean-Galéas eut deux filles et je ne sais combien de garçons. L’une de ses filles, du nom de Valentine, fut mariée au duc Ludovic (sic) d’Orléans, aïeul de ce Roi Louis, de la ligné de Pépin. A la mort de Jean-Galéas, son frère Philippe (Marie) lui succéda et mourut à son tour sans héritiers légitimes, mais laissant une bâtarde. Son trône fut ensuite usurpé par les Sforza, sans nuls droits, a-t-on dit : en effet, les prétendants assurent que le duché doit retourner aux descendant de Madame Valentine. Et depuis le jour où les Orléans se sont alliés aux Visconti, ils ont joint aux trois lis de leur blason une couleuvre qu’on peut y voir encore.

Dans chaque paroisse de France, il y a un homme bien payé par la commune, qu’on nomme le franc archer ; il est tenu d’avoir un cheval en bon état, et tout l’armement nécessaire pour répondre à une réquisition du Roi, si ce dernier doit faire la guerre au-dehors ou autrement. Ils sont tenus de se transporter dans la province attaquées ou menacée. Vu le chiffre des paroisses, ces francs archers doivent être mille sept cent.

Les fourriers sont tenus de fournir logis à tous ceux qui suivent la cour et les seigneurs sont ordinairement hébergés chez les plus notables de l’endroit. Pour éviter toute plainte tant du courtisan que de son hôte, la cour a fixé les obligations de chacun, et elles sont respectées : l’un doit donner un sou par jour, pour la chambre ; l’autre doit fournir lit et couchette, et changer au moins tout les huit jours; le premier donne aussi deux sous par jour pour les linges, à savoir nappes, serviettes de table, vinaigre, verjus; l’hôte n’est tenu de changer ces lingi que deux fois la semaine; mais comme il y en a abondance dans ce pays, on les change autant que vous le demandez. La chambre doit en outre être nettoyée, balayée et le lit refait. Il faut donner deux deniers par jour par cheval à l’écurie, l’hôte n’ayant rien à fournir comme fourrage, mais à débarrasser l’écurie du fumier. Il en est beaucoup qui payent moins, en vertu de leur bonne nature ou de celle de leur hôte, mais telle est la taxe ordinaire de la cour.

Les droits qu’allèguent les Anglais sur le Royaume sont de plus fraîche date : Charles, sixième du nom, donna en mariage sa fille légitime et naturelle à Henri, fils légitime et naturel du roi d’Angleterre; dans le contrat, outre la dot convenue, et sans faire mention de Charles VII qui fut depuis roi de France, il institua héritier du trône de France après sa mort à lui Charles VI, Henri son gendre, époux de Catherine; et, dans les cas où Henri mourrait avant son beau-père, et laisserait des enfants mâles légitimes et naturels, ceux-ci devaient lui succéder. A l’encontre de quoi les Anglais disent que ledit Charles VII était le fruit d’un concubinage incestueux.

Il y a deux archevêchés d’Angleterre, vingt-deux évêchés, cinquante-deux mille paroisses.

Ce texte provient du livre : “Le Prince et autres textes” aux éditions Gallimard

machprince


Un coup sur le “short side” à la Caisse de dépot et placement du Québec ?

4 mars 2009

À la bourse, marché des transactions des titres financiers, le plus gros des profits se fait sur les activités de spéculations.

On peut fondamentalement faire des profits dans les deux directions du marché, à la hausse et à la baisse.

Pour faire des profits raisonnables à la hausse, il faut acheter une certaine quantité d’un titre financier quand son prix est bas et le revendre un fois que sa valeurs a remonté. Si l’activité se limite à ceci, un pourrait parler d’investissement pur. Or, l’activité devient de la spéculation lorsqu’on emprunte de l’argent pour acheter des titres pour lesquels on croit que la valeur va monter.

En pensant que les profits sur les opérations de spéculations seront de ” X % ” et que le coût des intérêts seront de ” Y % “, on emprunte et si on vise juste sur nos espérances de rendement on réalise des profits.

Quand on croit que la valeur d’un titre va baisser, on peut “vendre le titre à découvert”. La vente de titres à découvert est l’opération fondamentale de spéculation à la baisse, comme l’achat sur marge l’est pour la spéculation à la hausse. Vendre un titre à découvert consiste à emprunter un titre (ainsi à contracter un dette en terme de quantité de titres) et recevoir de l’argent pour cette vente. Si le titre baisse, alors on peut racheter le titre plus bas (avec l’argent reçu pour la vente) et rembourser la dette en titre. La différence entre le coût d’achat et le revenu de vente donne le profit (tout comme pour la spéculation à la hausse). Le parti qui vend reçoit de l’intérêt le temps qu’il conserve l’argent. Le risque de la vente à découvert est le risque que la valeur du titre monte exagérément.

Par exemple, quelqu’un qui à vendu pour 1000$ d’un titre à 1$ découvert, et que le titre monte à 2$, si on lui demande de rembourser le titre cela lui coûtera 1000$ de plus (il perdra 1000$). Si le titre monte à 10$ il perdra 9000$. La perte est infinie.

Dans certains contextes (avant la fermeture d’une compagnie par exemple ou sur n’importe quel autre titre qu’on sait qui n’aura aucune valeur prochainement), la vente à découvert donne tout un levier pour faire des profits sans investir trop d’argent comme mise de départ.

Le qualificatif anglais pour dire “avoir une position en vente à découvert” est d’avoir un position “short”.

Ainsi, pour le cas de la caisse de dépôt et les papiers commerciaux, c’est probablement une position qui s’est prise sur le “short side”. Le parti vendeur à vendu “hors marché” des titres qu’il savait qui était pour n’avoir plus aucune valeurs dans quelques temps. À ce qu’il paraît, seul l’administration de la CDP aurait acheté ce genre de titres quand on fait la comparaison avec les autres grandes caisses de retraite il y a quelques années, selon M. Yves Michaud à TLMEP.

En moyenne, les autres caisses ont perdu 16% tandis que la CDP à perdu 26%.

Si la perte de la caisse avait été de 16% au lieu de 26%, étant donné une perte total de 40 milliards, on aurait “seulement perdu 25 milliards” c’est à dire 15 milliards de moins.

Un contrepartie à vendu (il faut allé voir qui a fait la “commission” pour l’identifier) pour 15 milliards de dollars. Des papiers qui étaient reliés à des valeurs dont on savait probablement qui était pour ne plus rien valoir dans quelques temps après la transaction (ex. en 2008). Ce n’est pas pour rien que Jean Charest et son entourage disent ne rien savoir de ce qui se passait à la caisse, ils ont passé une loi en 2004 (quelqu’un pourrait me confirmer qu’elle n’a pas été passée sous bâillon?) pour rendre illégal l’idée même de savoir ce qui se passe à caisse de dépôt pour le gouvernement.

15 milliards c’est beaucoup d’argent pour les Québécois. Cette somme n’a pas disparue, un contrepartie a réalisé  de l’intérêt sur ce magot et il est passé par des comptes.


Lectures de dem@in au Salon du livre de Paris, un exemple à suivre au Québec

24 février 2009

Le Salon du livre de Paris 2009 ouvrira ses portes dans un peu moins de deux semaines. La programmation révélée la semaine dernière nous apprend que la direction du plus important salon du livre francophone dans le monde réserve à ses visiteurs pour une deuxième année un espace sous le thème « Lectures de dem@in ». Il faut croire que cet espace a connu un vif succès l’année dernière puisqu’il occupera cette année plus du double de la superficie de l’année dernière, soit 1,200 mètres2. La programmation propose un parcours en quatre étapes : 1. E-book et plateformes mobiles; 2. Le savoir numérique : bibliothèques numériques, portails de revues, musées en ligne…; 3. Chaîne de numérisation : numérisation et Print on Demand; 4. Conférences. Au total, 28 conférences seront prononcées sur les différents thèmes liés aux lectures de demain. « Voici un exemple à suivre » selon la Fondation littéraire Fleur de Lys, pionnier québécois de l’édition en ligne avec impression à la demande.

Si nous voulons qu’une nouvelle économie du livre émerge enfin au Québec, il est urgent d’informer la population par tous les moyens disponibles dans les plus brefs délais. Pour plusieurs, dont la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC), le marché québécois est trop petit et son débit trop faible pour espérer le développement de cette nouvelle économie du livre en nos frontières. Il s’agit là d’une excuse beaucoup trop facile de la part de nos décideurs pour ne pas s’investir pleinement dans l’avenir du livre chez nous. La nouvelle économie du livre ne saurait se développer sans d’abord informer adéquatement la population. Partout ailleurs où l’avenir du livre se conjugue au présent, l’information de la population a joué et joue encore un rôle de premier plan. L’intérêt des politiciens a attiré l’attention des médias et ces derniers ont informé la population à qui revient le dernier mot quant à l’avenir du livre. Les Québécois doivent avoir le choix et, pour se faire, il est nécessaire de les informer.

Or, lors de la dernière édition du Salon du livre de Montréal, une seule conférence sur l’avenir du livre était au programme et cette dernière n’était pas l’initiative de la direction mais d’un exposant, la Librairie Monet, et de son partenaire, le Consulat général de France à Montréal. Et selon ce que nous avons appris du porte-parole de la Librairie Monet, la direction du Salon du livre de Montréal n’était pas très chaude à l’idée qu’il consacre une partie de son kiosque au livre électronique. Notez que la direction n’a même pas inscrit cette conférence dans son programme officiel même s’il s’agissait d’une grande première pour ce salon, le deuxième en importance dans le monde francophone.

La Fondation littéraire Fleur de Lys est d’avis que la direction du Salon du livre de Montréal n’en a que pour le monde traditionnel du livre et qu’elle ne dispose pas de l’espace nécessaire pour s’agrandir et s’ouvrir aux lectures de demain. Dans ce contexte, la Fondation littéraire Fleur de Lys souhaite qu’un autre salon du livre voie le jour à Montréal, un salon entièrement dédié aux lectures de demain. L’organisme songe même à une collaboration avec le Salon du livre de Paris. Les intéressés à s’investir dans le projet peuvent se manifester auprès de la Fondation littéraire Fleur de Lys à l’adresse suivante :

contact@manuscritdepot.com

Informations complémentaires :

http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.232.htm



L’Irlande demeure un modèle

21 février 2009

L’Irlande demeure un modèle

Aux États-Unis, le plan de relance de 700 milliards n’a que quelques mois et déjà c’est la catastrophe. La première tranche de 254 milliards déboursée par le Trésor a servi à acheter des actifs qui ne valaient que 176 milliards. C’est une surcharge de 78 milliards ou 44 %.

Cela ne devrait être une surprise pour personne. Les politiciens n’ont pas la réputation de s’enfarger dans les fleurs du tapis lorsqu’ils dépensent l’argent des contribuables.

Si le passé est garant de l’avenir, des fiascos similaires feront la une des médias canadiens et québécois dans un avenir rapproché. Pourquoi ferions-nous exceptions?

Alors que nos politiciens hypothèquent l’avenir des générations futures, le premier ministre irlandais annonce des coupures de dépenses de près de 3 milliards $C. C’est l’équivalent de 30 milliards au Canada.

Dans quelques années, les chroniqueurs, qui favorisent aujourd’hui un retour des déficits, se questionneront sur les causes du succès de l’économie irlandaise. Ils découvriront avec surprise que l’Irlande, contrairement aux autres pays de l’OCDE, a profité de la crise pour assainir ses finances publiques.


Les beaux jours de l’interventionnisme sont de retour

18 février 2009

Le retour en force de l’interventionnisme condamnera à la pauvreté des centaines de millions d’individus.

Toujours et partout, l’interventionnisme redistribue les ressources en fonction des priorités électoralistes des politiciens. Les secteurs en croissance sont pénalisés au profit des secteurs en décroissance; les entreprises efficaces sont taxées pour maintenir en vie les entreprises inefficaces; la bureaucratie s’engraisse sur le dos des entrepreneurs; etc.

À moins de vouloir passer le reste de nos jours en prison, nous n’avons d’autres choix que de payer ces plans de relance qui visent à nous appauvrir.

Il ne faut pas pour autant perdre sa bonne humeur. La « bailout game » vous aidera à garder votre sourire. Dans ce jeu, Obama vous confie la lourde tâche de décider quelles banques ou institutions financières seront sauvées. Ne vous inquiétez pas, vous ferez certainement aussi bien que les conseillers d’Obama. Ils utilisent probablement le même jeu.


Les débuts de l’endettement américain

16 février 2009

New York Stock Exchange

Laissez moi vous raconter l’un des plus grands coups boursiers de l’histoire, lié à une partie de l’histoire des États-Unis.

C’était aux alentours des années 1790. Les Etats-Unis était en guerre et le gouvernement américain payait à l’époque ses soldats avec des déclarations de dettes, ce qu’on appelle obligations de nos jours, mais sous plusieurs formes non organisées. La quantité de papier émise causa rapidement un problème à savoir de quelle manière on procéderait pour mettre de l’ordre dans toute cette paperasse, et on était hésitant à proposer une imposition à même le peuple pour rembourser ce dernier. Je rapporterai textuellement la traduction d’un livre datant du dernier siècle (Wall Street, publié en 1930 écrit par l’historien financier Robert Irving Warshow) :

« Il en résulta une quantité formidable de papier, à la fois monnaies et titres, d’une valeur variable et minime, détenus pas des milliers de gens qui en ignoraient le prix. Lorsque la révolution prit fin, les soldats reçurent un pécule et une prime d’un montant élevé, mais sous forme de titres. Tout ce que présentait ce papier, c’était la possibilité de remboursement par le Gouvernement, s’il devenait solvable. Après la guerre, il en fut peu questions pendant quelques années. Les soldats retournèrent à leurs affaires et à leurs fermes, reprirent leur tran-tran journalier et, après vainement tenté d’écouler leur papier sans valeur, ils se résignèrent à cette perte. « Ça ne vaut pas un continental », devint une expression populaire, et l’on pourrait en dire autant, à des degrés divers, de la masse d’autre papier émis par les États et le Gouvernement américains.

Dès qu’Alexandre Hamilton fut devenu Secrétaire du Trésor, le bruit courut parmi les hommes politiques et les riches négociants des grandes villes de l’Est qu’un effort allait être tenté pour faire adopter par le Congrès un projet de loi visant à rembourser au pair tous les certificats et valeurs du Gouvernement. Nombre de ces hommes, politiciens professionnels et spéculateurs nés, virent la possibilité de réaliser une vaste opération. Dans les villes de l’intérieur, ce papier, n’ayant pas cours dans la circulation, était considéré comme sans valeur. Les bruits relatifs au remboursement furent discrètement contrôlés par les intérêts financiers, et plusieurs groupes indépendants, s’appuyant sur les renseignements obtenus, se mirent à centraliser des capitaux. À cette époque, les nouvelles se répandaient lentement et même après que le rapport d’Hamilton sur le remboursement eut été présenté au Sénat, des mois s’écoulèrent avant qu’on l’apprît à l’intérieur. Dans ces conditions, il y avait de formidables possibilités de pillage et de butin.

La nomination d’Hamilton avait été annoncée en septembre 1789. Avant la fin de l’année, trois syndicats distincts s’étaient constitués à New-York, à Philadelphie et à Boston, en vue d’acquérir tout le papier disponible à des prix fortement dépréciés, en prévision du remboursement. Un membre du Congrès, qui avait la confiance d’Hamilton, affréta deux bateaux rapides qui appareillèrent aussitôt pour le Sud, armés d’espèces sonnantes, et destinés à happer tout le papier en vue. Il fallut bien peu de temps pour que les porteurs primitifs, soldats, agriculteurs et commerçants, qui avaient reçu les titres du gouvernement, fussent laissés en possession d’un petit peu d’argent, tandis que les valeurs étaient centralisées dans les grandes villes. Les syndicats, composés principalement de riches particuliers liés avec des membres du Congrès, attendaient la hausse.

Il n’est guère prouvé qu’Hamilton ait trempé dans cette affaire. Il avait foi dans la valeur de ses projets et n’admit pas que la duperie spéculative qu’ils avaient permise pût le détourner de son objectif.

Quel qu’ait été le rôle d’Hamilton, il n’est pas douteux que ses projets financiers pour le nouveau gouvernement furent la cause directe de cette spéculation organisée, qui eut pour effet de dépouiller des milliers de petits porteurs au profit de quelques personnages influents, jouissant de la confiance du Secrétaire du Trésor.

En janvier 1790, la Chambre et le Sénat reçurent son « rapport ». L’une de ses parties prévoyait la consolidation, au pair, de toutes les valeurs du gouvernement ; une autre stipulait la prise en charge, par ce dernier, des dettes des États. La présentation effective de ce rapport fut le signal d’une nouvelle offensive des syndicats organisés pour accaparer tout le papier à des cours dépréciés, et entraîna également la constitution de nouveaux groupes qui, ne touchant pas de près à Hamilton, n’avaient pas connu plus tôt le projet de remboursement. Même à ce moment, les porteurs de l’intérieur, sans contact avec les grandes villes, n’avaient aucune idée de la hausse de valeurs de leurs titres et les spéculateurs eurent beau jeu d’acheter des quantités de certificats à raison de 15 à 20 cents par dollar.

Le « rapport » fut accueilli avec une extrême surprise par certains législateurs, mais non par les spéculateurs qui garnissaient les galeries et envahissaient les couloirs. Le Sénateur Maclay écrit dans son journal « qu’il en résulta maintes figures graves » et que, pour sa part, « il en était resté tout ébaubi ». Des plaintes émanèrent de certains représentants élus, qui professaient des opinions démocratiques, et l’on entendit déclarer « qu’un comité de spéculateurs en certificats n’aurait pu concevoir le projet d’une façon plus conforme à leurs intérêts. »

Il était effectivement inique. Proposer de rembourser les certificats du gouvernement en obligations au pair, productives d’intérêts, non seulement c’était assurer un profit absolu aux spéculateurs qui avaient acheté à bas prix, mais cela obligeait à trouver quelque forme d’imposition générale destinée à fournir les recettes correspondant à l’intérêt. Ces impôts seraient acquittés en majeure partie par les soldats, les cultivateurs et les petits commerçant mêmes qui avaient cédé leurs valeurs avec une perte considérable. C’était un arrangement déloyal, mais pour l’audacieux Hamilton qui voulait un gouvernement fort et stable, soutenu par les grands intérêts d’affaires, l’iniquité présente comptait peu. Il était convaincu qu’il fallait un crédit public solide et, résolu à l’assurer, quelque puissante que pût être l’opposition et aussi logiques que fussent les objections. Ce garçon, originaire des Antilles, et qu’Adams appelait « le rejeton bâtard d’un colporteur écossais », ne croyait ni dans les gouvernements démocratiques, ni dans les droits de masses. Il mettait sa foi dans l’autorité des « gentlemen » et pour lui, ce terme impliquait le clan d’hommes cultivés, bien élevés et riches qui constituait l’aristocratie du jeune gouvernement. Dès 1794, il écrivait à George Washington « qu’il avait appris depuis longtemps à tenir pour rien l’opinion publique. » Les projets qu’il formait à ce moment étaient absolument conformes à cette façon de voir.

Il n’y avait pas alors de Bourses organisées et la plupart des transactions sur les certificats du gouvernement étaient effectuées directement. Il existait, à l’extrémité Est de Wall Street, un groupe de vendeurs aux enchères qui se mirent à jouer le rôle d’intermédiaires pour l’achat et la vente de ces titres, mais sans avoir de statuts. Ce n’est qu’en 1792, alors que certaines actions de banques commencèrent à être négociées, qu’on tenta de créer une Bourse des valeurs organisée.

En attendant, dans tous les cafés de Wall Street, le projet de consolidation était le principal sujet de conversation. « Je crains véritablement, écrivait Maclay, que le membres du Congrès ne soient plus mêlés que quiconque à ces opérations. » C’était vrai, car une personne aussi distinguée que Robert Morris, principal agent législatif d’Hamilton au Sénat, et l’un des chefs de la révolution, se trouvait à la tête du plus grand syndicat créé pour spéculer. Fisher Ames, Christopher Gore et Jeremiah Wadsworth étaient étroitement liés à d’autres groupes. En fait, c’est Wadsworth, membre du Congrès du Connecticut, qui envoya des vaisseaux au Sud pour essayer d’y acquérir tous les titres disponibles. Les bruits de marchandage cachés devinrent si persistants que le Daily Advertiser de New-York publia une information suivant laquelle, si le projet de consolidation d’Hamilton aboutissait, Robert Morris réaliserait un bénéfice de $ 18 millions, Jeremiah Wadsworth de $ 9 millions, et le Gouverneur Clinton de $ 5 millions.

À la Tribune de la Chambre, l’opposition contre la politique de remboursement fut acharnée et tenace. Des contre-projets et des compromis y furent proposés et défendus. Mais Hamilton tint bon. Il était uniquement pénétré de l’idée de stabilité financière, quoi qu’il dût en coûter aux masses pour le moment. Il n’écouta aucune contre-proposition, n’admit nul compromis. Son parti, puissamment organisé, emporta toutes les objections et, son appareil législatif fonctionnant à merveille, la première partie du « rapport » fut adoptée. Les valeurs du gouvernement devaient être remboursées et consolidées, et la voie était ouverte à la seconde mesure : la prise en charge des dettes des États. Une joie très vive régnait dans les débits qui longeaient Wall Street où les spéculateurs avaient leur quartier général. Les premiers « pools » spéculatifs aux Etats-Unis avaient heureusement réalisé leur première opération.

La seconde partie du projet d’Hamilton visait la prise en charge des dettes des États. Les groupes spéculatifs détenaient autant de ces titres que de valeurs de gouvernement et, pour compléter le coup, il fallait faire passer également cette proposition. Là, l’opposition était un peu plus forte car les puissants gouvernements des États du Sud, dont les titres avaient une réelle valeur, repoussaient l’opération de nivellement. Le vote intervint le 11 mars, et Maclay nota observé « que l’équipage de la galère d’Hamilton s’était donné rendez-vous », et que « chacun était à son poste ». Une fois le vote acquis, la déroute régna au camp d’Hamilton. Le projet était repoussé à deux voix de majorité. Cette journée parut désastreuse pour les spéculateurs, car ils détenaient de grande quantité de ce papier et, si le vote n’était pas annulé, tous les profits antérieurs seraient balayés. Mais Hamilton n’avait pas renoncé : pour lui il s’agissait simplement de remporter une autre bataille contre des drôles. Car c’était un lutteur acharné. L’opposition ne faisait qu’exciter sa soif de combat, et il résolut de faire aboutir sa politique de remboursement. Une fois engagé, l’obstiné Hamilton décida de sacrifier telles autres décisions de parti qu’il faudrait pour s’assurer une victoire personnelle.

Les trois mois suivants s’écoulèrent sans grands changements. Les « pools » conservèrent leurs titres. Quelques vaillants esprits en rachetèrent même, confiants en la capacité et en la résolution d’Hamilton. Mais les perspectives n’étaient pas favorables.

En juin 1790, Thomas Jefferson, Secrétaire D’État, arriva aux Etats-Unis, venant de France. Hamilton n’avait pas réussi à emporter un plus grand nombre de votes en faveur de la « prise en charge », malgré ses actifs marchandages avec le parti d’opposition. Jefferson lui permit d’atteindre son but. Les conditions furent simples. Hamilton avait besoin, pour assurer l’adoption du projet, d’une voix au Sénat et de cinq à la Chambre. Jefferson revendiquait les capitaux pour le Sud, Hamilton voulait la « prise en charge ». Le marché fut conclu. Quoique le public pensât du résultat, Jefferson et Hamilton y gagnaient dans le domaine politique, et les spéculateurs au point de vue financier. Une joie extrême régnait à Wall Street. Le succès des syndicats était complet et, suivant l’expression de Maclay : « La spéculation essuya ses larmes des deux yeux.» »


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4 janvier 2009

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